THOMAS SANKARA
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• La mort de Thomas Sankara / le 15 octobre 1987 vu par...
Valère Somé
« Thomas Sankara, l'espoir assassiné »
L'Harmattan, 1990 octobre 2005, p. 40-41
V. L'assassinat ne put être évité
Il était environ 16 heures 15 minutes lorsque la Peugeot 205 noire présidentielle se gara devant le pavillon « Haute-Volta » du Conseil de l'Entente, suivie d'une voiture blanche de marque japonaise dont les occupants étaient quelques gardes du corps du Président. Le Président descendit de sa voiture et entra dans le pavillon où l'attendait tout le personnel nouvellement choisi pour faire partie du Secrétariat de la présidence du CNR qui se réunissait une fois par semaine.
À peine la réunion venait-elle de commencer, qu'une autre voiture, une Peugeot 504, pénétra dans l'enceinte du Conseil de l'Entente et se dirigea tout droit vers la voiture présidentielle. Le Caporal Maïga (l'un des gardes du corps de Blaise Compaoré) en descendit pour braquer le Sergent Der Somda, chauffeur du P.F. Au même moment, une Galante bleue conduite par le Sergent Yacinthe Kafando (l'aide de Camp de Blaise Compaoré) pénétra en trombe dans l'enceinte, et fonça droit sur le pavillon « Haute-Volta. Le gendarme Soré et le soldat de 1ère classe, Ouédraogo Noufou, avant qu'ils ne réalisent ce qui leur arrivait, furent écrasés contre le mur du pavillon. Au même moment, le Caporal Maïga abattait à bout portant le Sergent Der Somda.
Dans la foulée, les assaillants descendus des deux voitures déclanchaient un feu nourri sur tous ceux qui se tenaient debout aux alentours du pavillon où le Président du CNR était en réunion avec son secrétariat.
À l'intérieur, les premiers instants de surprise passés, tout le monde se précipita derrière les fauteuils pour y trouver refuge. Se ravisant, le Président Thomas Sankara se leva, poussa un soupir et s'apprêta à se rendre en s'adressant à ses collaborateurs :
- Ne vous en faites pas, c'est à moi qu'ils en veulent.
Les mains en l'air, tenant son revolver de parade, il franchit le seuil de la porte et s'engagea dans le couloir à la rencontre des assaillants.
Le Sergent Yacinthe Kafando et le Caporal Nadié se trouvèrent face à face avec le Président du Faso, le braquant avec leur Kalachnikov. Une première décharge lâchée par le Caporal Nadié atteint le Président Thomas Sankara à l'épaule. Malgré la blessure, il réussit à se replier dans le couloir. Il essaye d'ouvrir la porte du premier bureau, mais ses occupants se sont enfermés à clef au bruit des tirs.
Nul ne saura ce qui s'est passé dans la tête du Président du Faso pour qu'il revienne sur ses pas et reçoive la mort de ses assassins. Une seconde balle l'atteint au front. Il chancelle, se retrouve sur les genoux pendant quelques secondes, puis s'écroule sans avoir pu, ni dire un mot à ses tueurs, ni faire un geste quelconque qui prouve qu'il avait l'intention de se défendre.
De tous ceux qui étaient avec le Président Thomas Sankara ce jour-là, un seul a miraculeusement échappé à la boucherie : Alouna Traoré. Et il soutient que le Capitaine Gilbert Diendéré n'était pas au nombre des assaillants. Celui-ci fera son apparition que beaucoup plus tard.
Un autre témoignage concordant affirme que c'est le Capitaine Gilbert Diendéré qui est intervenu pour arrêter le massacre gratuit. Après avoir constaté la mort du Président Thomas Sankara, il se serait réfugié dans la pièce du Conseil de l'Entente pour s'effondrer en pleurs. C'est par la suite qu'il se serait ressaisi afin de s'investir pour limiter les dégâts.
C'est dire qu'il persiste des zones d'ombres sur les circonstances de l'assassinat du Président thomas Sankara.
L'adjudant Christophe Saba, Babou Paulin Bamouni, Frédéric Kiemdé, Bonaventure Compaoré, Patrice Zagré ont accompagné le Président Thomas Sankara dans cette fin tragique.
Sept morts parmi les occupants du pavillon, puis six autres en-dehors, cela fait bien treize tombes, pour lesquelles Blaise Compaoré aurait appelé le Commandant Lingani à la rescousse.
En guise de « tombes », on jettera ces corps dans des fosses d'à peine deux pouces de profondeur, que l'on couvrira d'une couche de terre. On voyait apparaître les cheveux du Président Sankara ! Un bout de bois planté sur chaque « tombe » a reçu un papier sur lequel on a griffonné une inscription indiquant le nom de l'occupant. On y a même inscrit le nom d'un soldat qui n'était pas mort ! Mais sur les treize tombes, nulle trace du nom de Bonaventure Compaoré… Ce n'est qu'après sept mois de va-et-vient entre le Conseil de l'Entente et son domicile, que l'épouse de ce dernier finira par se convaincre que le corps de son mari repose bien à Daghnoën aux côtés des douze suppliciés du 15 octobre 1987.
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